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  • Y. Roche et J. Lévesque

PyeongChang ou pas PyeongChang?

Updated: Feb 17, 2018

Les Jeux d'Hiver de 2018 ont lieu en Corée du Sud, à PyeongChang. A ne pas confondre avec Pyongyang!

Par Yann Roche


Bienvenue à PyeongChang

En février 2018, les Jeux Olympiques d’Hiver auront lieu en Corée du Sud, à Pyeongchang. C’est la troisième fois que les jeux d’hiver se tiendront en Asie, après Sapporo en 1972 et Nagano en 1998, tous deux au Japon, mais cette fois-ci l’ombre d’une annulation a plané sur cet évènement majeur comme jamais auparavant. L’incertitude politique autour de l’évolution des relations entre le voisin nord-coréen et les occidentaux inquiète en effet bien des observateurs. Les JO ont pourtant vécu bien des turbulences, des boycotts et des attentats. Durant la guerre froide, la situation était particulièrement tendue et lors des Jeux de Séoul en 1988, certains craignaient une action d’éclat de la part de la Corée du Nord, heureusement sans que ce soit le cas.


La Corée du Sud?

En fait, et sans vouloir dénigrer la Corée du Sud et son comité organisateur, il semble qu’il y ait de moins en moins de concurrence pour obtenir l’organisation des jeux, surtout d’hiver. Sotchi et ses controverses avait déjà donné lieu à des remises en question, mais pour attribuer les jeux de 2022 à Beijing, le CIO n’a eu à évaluer que deux candidatures : Beijing donc, et Almaty (Kazakhstan). Stockholm, Oslo, Cracovie, Munich, Saint-Moritz-Davos et Lviv s’étaient montrées initialement intéressées, mais elles se sont retirées en cours de route pour cause de manque de soutien, voire d’opposition populaire. A l’avenir, il est plus que probable que la tendance se maintienne, vues les dépenses encourues et les pressions de plus en plus fortes exercées par les populations concernées, qui rejettent les candidatures, comme ce fut aussi  le cas pour Boston et Rome pour les JO d’été de 2024. Même le Canada, qui pense à présenter de nouveau la candidature de Calgary, se trouve confronté à des oppositions locales marquées. Et en fin de compte, les candidatures retenues ne sont pas forcément des lieux adéquats, comme Beijing 2022 par exemple, mais sont donc choisies par défaut. Quant à Pyeongchang 2018, c’est une situation particulière. La Corée du Sud n’est certes pas vue de l’extérieur avec autant de méfiance que la Russie de Poutine en 2014 lors des Jeux de Sotchi. Mais elle n’est pas vraiment vue non plus comme un pays de sports d’hiver. Hormis les patineurs de vitesse sur courte piste, les sportifs coréens ne se distinguent pas particulièrement dans la plupart des épreuves figurant au programme des JO d’hiver.


Pas de LNH

Pays organisateur, la Corée du Sud alignera par exemple une équipe de hochey masculin, classée 21e mondiale, et qui risque de faire de la figuration. En fait, ce tournoi, qui est un des évènements majeurs des JO d’hiver, fait déjà l’objet de bien des interrogations car la Ligue Nationale de Hockey n’est plus disposée à libérer ses meilleurs joueurs pour qu’ils puissent y participer, comme c’était le cas depuis Nagano 1998. Certains joueurs, Alex Ovechkin en tête, étaient prêts à la confrontation avec leur employeur, mais cette idée a été abandonnée depuis. En l’absence des joueurs professionnels, on pourrait craindre que la qualité du jeu s’en ressente, bien que selon certains spécialistes le tournoi pourrait y gagner en intensité et en intérêt.


Pas de Russie

L'absence de la Russie aux Jeux d'hiver est un coup dur pour les organisateurs. Même si la nouvelle ne faisait plus vraiment de doutes après les révélations du rapport MacLaren qui faisaient état d'un dopage institutionnalisé chez les athlètes russes, le couperet est tombé en décembre 2017 et la Russie a été bannie des Jeux de Pyeongchang. Les dénégations et les protestations des dirigeants russes et de Vladimir Poutine lui-même, hurlant à l'injustice et au complot organisé par les États Unis et leurs alliés, n'ont pas eu d'effet, mais les athlètes russes jugés propres seront autorisés à concourir sous le drapeau olympique. L'ambiance que cela entraînera durant les compétitions, surtout en cas de victoire d'un de ces athlètes "olympiques de la Russie", risque d'être empreinte d'un profond malaise.


L’ombre de Pyongyang

Les tensions régionales qui se sont ravivées depuis le début 2017, avec en point d’orgue la guerre des mots entre Pyongyang et Washington avaient fait planer le spectre d’une annulation des Jeux. PyeongChang se situe à une heure de la frontière nord-coréenne et les menaces émises par Kim Jong Un avaient amené à s’inquiéter réellement de la tenue de ces Jeux et de la sécurité des athlètes et des spectateurs. Il est néanmoins trop tard pour déplacer l’évènement en un autre lieu et si le CIO affiche un optimisme inébranlable, l’alternative aurait été une annulation pure et simple,  fait sans précédent: les dernières annulations remontant en effet à 1940 et 1944, pour des raisons évidentes.

En quoi la situation diffère-t-elle de Séoul 1988? D’abord par le ton des échanges entre Américains et Nord-Coréens, particulièrement enflammé, ponctué d’essais de missiles et de provocations multiples qui avaient fait craindre un dérapage. Pour plusieurs participants éventuels à ces jeux, la perspective d’un conflit ou même d’un simple incident pouvait donner à réfléchir. Mais aussi, il s’agit ici de jeux d’hiver: même si en Europe du Nord-ouest, en Russie et en Amérique du Nord l’évènement demeure majeur, il est loin d’être aussi universel que sa contrepartie d’été. En Amérique Latine, en Afrique et dans la majeure partie de l’Asie en effet, les JO d’hiver n’ont que peu d’impact et la participation est souvent symbolique, lorsque participation il y a. Des craintes vis-à-vis de la sécurité pouvaient donc avoir un effet redhibitoire que n’avait  pas eu le Virus Zika à Rio en 2016.

La participation de dernière minute des athlètes nord-coréens, pour symbolique qu'elle soit, est donc un soulagement pour Pyeongchang 2018. Le comité organisateur et le CIO se veulent optimistes et font valoir la notion de trève olympique. Cette dernière sera-t-elle respectée? Le voisin du Nord en profitera t’il pour s’offrir quand même un coup d’éclat? Le public, qui met beaucoup de temps à démontrer son intérêt pour les épreuves, sera-t-il au rendez-vous? Une nouvelle fois, les Jeux Olympiques sont plongés au coeur des enjeux géopolitiques… hélas.

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Yann Roche et Jean Lévesque, 2018