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Les sportifs américains et Trump. Le désamour

Mis à jour : 8 oct. 2018

Les relations entre le 45e président des États-Unis et plusieurs athlètes professionnels américains sont devenues particulièrement tendues. Ambiance.


Par Yann Roche

Dessin par Mourad Djaballah, UQAM


Durant la dernière semaine de septembre 2017, bon nombre de joueurs de la NFL, la ligue professionnelle de football qui constitue le spectacle incontournable de nombreux américains pendant les dimanches après-midi de l'automne se sont livrés à une manifestation peu courante dans le sport professionnel. Durant l'hymne national, ils ont mis genou en terre en signe de protestation, avec des réactions mitigées de la part du public, allant du support aux huées. Cette manifestation visait des propos particulièrement acrimonieux de la part du président américain, lequel faisait référence à un mouvement lancé l'année précédente par le quart-arrière des 49rs de San Francisco, Colin Kaepernick. Le joueur avait alors manifesté durant l'hymne d'avant match en s'agenouillant pour marquer sa désapprobation face aux brutalités policières visant plus spécifiquement les afro-américains aux États Unis. Relativement peu suivi, le mouvement avait surtout coûté cher à Kaepernick, qui n'a depuis lors plus été engagé par une équipe professionnelle. Mais le fait de toucher ainsi à un des fleurons du patriotisme étatsunien a eu l'heur de déplaire fortement à Donald Trump, qui déclarait en septembre 2017 lors d'un meeting à Hunstville qu'il fallait que les propriétaires de la NFL mettent  à la porte ces "sons of a bitch" dehors s'ils manquaient de respect à la bannière étoilée.


Division

Tactique de division chère au 45e président des États Unis, la déclaration n'a pas manqué de provoquer des réactions virulentes de la part d'une importante proportion de joueurs de la NFL, mais aussi de certains propriétaires dont plusieurs l'avaient pourtant soutenu durant sa campagne, avec notamment des protestations de différents ordres durant le dernier dimanche de septembre et le premier d'octobre. Ces gestes, symboliques et peu offensants, ont soulevé de huées dans la plupart des stades. Symbolique aussi, le fait que le maillot du garde des Steelers de Pittsburgh Alejandro Villanueva, qui fut le seul de son équipe à se présenter pour l'hymne avant le match contre les Bears de Chicago fut le maillot le plus vendu de toute la NFL durant les semaines qui ont suivi. Pour circonscrire l'incendie qui menaçait, la ligue de basketball, la NBA, émit dans la foulée un avis interdisant à ses joueurs de se livrer à des manifestations du même genre. Si la situation s'est apaisée depuis, il ne faudrait pas grand-chose pour que les manifestations reprennent.


Sport professionnel et politique

Le sport professionnel américain est pourtant avant tout une question d'argent et de spectacle. Pas de place pour les états d'âme et la politique. Mais il est devenu une des manières pour les minorités, notamment afro-américaines, de se tailler une place importante dans la société. Même le poste de quart arrière, réservé pendant des décennies aux blancs, a finalement vu en 1988 Doug Williams devenir le premier quart arrière afro-américain à gagner le Superbowl, pavant la voie à des joueurs vedettes comme Warren Moon, Randall Cunningham ou Michael Vick. Des joueurs comme Cam Newton et Russel Wilson sont maintenant des éléments dominants de leur équipe, à un poste dont l'importance est stratégique. Malgré ces progrès, les propos de Trump sont venus toucher une corde sensible, ce sentiment qu'en dehors du terrain, les joueurs de couleur se trouvent vite considérés par les policiers comme des délinquants en puissance et non plus des vedettes. Le sentiment n'est pas nouveau, puisque Mohamed Ali, refusant de participer à la guerre du Vietnam, avait à l'époque indiqué qu'il n'avait rien contre les Vietnamiens qui eux, ne l'avaient jamais traité de "nègre"... Mais ce n'est pas non plus la première fois que Trump s'attire les foudres des joueurs et entraîneurs professionnels. Les deux plus célèbres critiques de l'actuel président ont été jusqu'ici Gregg Popovich, entraîneur de l'équipe de basket des Spurs de San Antonio et aussi et surtout Lebron "King" James, la vedette de la NBA, qui s'est montré à plusieurs reprises très virulent contre le controversé politicien, notamment suite aux évènements dans la NFL.

Et maintenant Lindsey Vonn

Plus surprenante, vu la discipline qu'elle pratique et sa personnalité, est la récente sortie de la skieuse Lindsey Vonn qui a rejoint les critiques du président américain, en déclarant qu'aux JO, elle représentera "le peuple américain mais pas Trump". Et cela semble traduire une nouvelle réalité dans la société américaine. S'il est courant de voir s'exprimer les personnalités publiques, notamment du milieu cinématographique, une telle tendance chez les sportifs est récente. Le sport américain n'est plus une bulle relativement apolitique, il est en train de devenir un théâtre de plus sur lequel les divisions liées à la personnalité du pensionnaire actuel de la Maison Blanche se répercutent. Et connaissant le rôle que ce sport professionnel joue sur la société américaine, ce n'est pas anodin. Que Trump ait voulu provoquer et diviser n'est guère douteux. Qu'il ait prévu l'ampleur des conséquences actuelles et potentielles de ses remarques est beaucoup moins certain.

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Yann Roche et Jean Lévesque, 2018