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  • Y. Roche et J. Lévesque

Les JO sans la Russie : une grosse perte pour la compétition ou le début d’un temps nouveau ?

Mis à jour : 8 oct. 2018

L'exclusion de la Russie des JO d'hiver de PyeongChang est un fait sans précédent. Mais quelles en sont les conséquences sportives et politiques, et quelles perspectives laisse-t-elle entrevoir pour l'avenir des Jeux?


Par Jean Lévesque


LA RUSSIE EXCLUE.

L’exclusion du COR (Comité olympique de Russie) par le CIO le 5 décembre 2017 pour soupçon de dopage généralisé a été, et continue d’être, perçue comme un geste unique dans l’histoire du mouvement olympique. À proprement parler, les deux seuls autres cas dans toute l’histoire sont l’Afrique du Sud durant le régime de l’apartheid et l’Afghanistan sous les Talibans, cette dernière exclusion ne risquant pas toutefois d’amoindrir de beaucoup le niveau de compétition. Il faudrait certes ajouter les exclusions des pays vaincus à la suite des deux guerres mondiales, pour deux olympiades de suite dans le cas de l’Allemagne après la Première Guerre mondiale. Par contre, l’exclusion de la Russie de Vladimir Poutine des jeux d’hiver de Pyeongchang a ceci de particulier qu’elle est une exclusion pour accusation de dopage d’État, un fait unique dans l’histoire du mouvement. Pour ceux qui ont observé les succès de la RDA à l’époque de la Guerre froide, plusieurs auraient certainement souhaité voir l’exclusion de cette démocratie populaire aux nageuses si imposantes tant les soupçons de dopage généralisé étaient répandus à l’endroit de ce pays de 17 millions d’habitants qui participait fièrement à la course aux médailles avec les deux superpuissances de l’époque. Or, il aurait fallu des preuves solides qui ne sont devenues disponibles qu’après la chute du mur de Berlin. Le cas de la Russie de 2018 est une nouveauté en soi.


JO et Guerre froide

L’histoire des jeux olympiques d’après-guerre a été certes marquée par l’affrontement Est-Ouest, nommément entre l’URSS et le bloc occidental, représenté soit par les Etats-Unis ou par ses alliés. La compétition a été féroce. L’URSS remporta le championnat des médailles aux jeux d’été 7 fois sur ses 10 participations et 7 fois sur 9 participations aux jeux d’hiver. L’équipe unifiée de 1992, composée des anciennes républiques (sauf les pays baltes) devenues orphelines d’un État, a fait bonne figure à Albertville, obtenant la deuxième place et à Barcelone, obtenant la première place. Depuis lors, la Russie fait partie des puissances sportives, mais le duel au sommet est surtout l’affaire de l’affrontement entre les Chinois et les Américains maintenant. Aux jeux d’hiver, la performance de la Russie a oscillé entre la première place pour l’or (Lillehammer en 1994) et la 11e place (Vancouver en 2010) qui peut, peut-être, expliquer que le gouvernement russe ait mis tant d’efforts à voir ses athlètes rafler des médailles à Sotchi, une performance maintenant ternie par les nombreux cas de dopage. Toutefois, la mise au rancart d’une des grandes puissances aux jeux d’hiver peut grandement affecter la qualité du spectacle planétaire si chère aux leaders du CIO depuis les années 1980. Aux dernières nouvelles, ce seront près de 170 athlètes qui pourront participer à Pyeongchang sous la bannière «Olympic Athlete from Russia» pendant que plus d’une centaine sont déjà exclus pour motifs de dopage.

Malgré tout le sérieux qui a été mis en place dans les différentes commissions qui ont analysé la question, il y a fort à parier que sans les révélations de Grigori Rodtchenkov, l’ancien directeur du laboratoire anti-dopage de Moscou, il n’y eut pas eu suffisamment de preuves pour justifier un tel précédent historique. Vu de Russie, Rodtchenkov apparaît comme le bouc émissaire de l’affront fait à l’honneur de la Russie poutinienne. Pour les jeux de 2018, la balle est maintenant dans le camp du CIO qui doit se montrer impitoyable dans sa lutte au dopage. Le moindre accroc à la tolérance zéro ou le moindre passe-droit seront interprétés à Moscou comme la preuve que la Russie a été victime d’un coup monté ou d’un traitement inéquitable, un argument qui de toute façon concorde bien avec la vision du Kremlin de l’ordre mondial de l’après-guerre froide.


L'apolitisme malmené

Parmi les valeurs fondatrices du mouvement olympique, l’apolitisme a été particulièrement malmené au XX et XXIe siècles que ce soit directement par le bannissement des vaincus des guerres mondiales qui n’avaient strictement rien à voir avec le sport olympique, ou indirectement, en punissant les athlètes noirs de 1968 qui s’étaient servis de la tribune olympique pour faire avancer leur cause ou en fermant les yeux sur des abus, comme à Beijing ou à Sotchi. L’histoire est longue. D’autre part, l’amateurisme intransigeant, un autre de ces principes fondateurs, avait mené à de nombreux accommodements avec le statut des athlètes des pays de l’Est autant qu’à de nombreuses exclusions souvent injustes, jusqu’à ce qu’il soit abandonné petit à petit durant la gouverne de Juan Antonio Samaranch dans le but d’offrir le meilleur spectacle possible, avec ou sans professionnels. Depuis Sotchi, mais pas exclusivement, la lutte au dopage est promue à l’avant-scène de la politique olympique. Elle est, il me semble, un des vestiges de cette vieille conception du fair-play qui avait animé les pères fondateurs, en ce sens qu’elle impose de jouer selon les règles et de ne pas chercher d’avantage indu par rapport à ses compétiteurs. Les jeux de Pyeongchang seront l’occasion de constater s’il est possible d’en faire un des moteurs du renouveau olympique ou, à l’inverse, de peser ce qu’il en reste.


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