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  • Y. Roche et J. Lévesque

Le sport professionnel au temps de la pandémie

L’automne arrive, accompagné d’une seconde vague de COVID-19 dans la plupart des pays, à l’exception de la Chine, apparemment. En temps normal, cette saison coïncide avec la reprise des championnats nationaux, des ligues professionnelles nord-américaines et la fin de saison tennistique. Mais 2020 est une année hors norme : après l’arrêt des activités au début de la pandémie, le sport professionnel a profité de l’accalmie estivale pour tenter de boucler la saison, donnant lieu alors à une profusion de solutions de rechange, de formules de rattrapage, d’annulations et de décalage. Le moins qu’on puisse dire est que ce fût parfois dur à suivre.


Les Jeux olympiques : rendez-vous en 2021 (?)

Au printemps 2020, l’OMS déclarait l’état de pandémie. Le Comité international olympique (CIO) et les autorités japonaises, après une longue période d’hésitation et des déclarations relevant du déni, ont fini par se rendre à l’évidence : il fallait reporter les Jeux olympiques de Tokyo d’un an. Les jeux devraient donc débuter le 23 juillet 2021, indépendamment de la disponibilité, ou non, d’un vaccin contre le coronavirus; un éventuel nouveau report n’est pas envisageable, malgré le défi que cela représente. En effet, au printemps 2020, les qualifications n’avaient pas été menées à terme pour toutes les disciplines avant le confinement, et si la deuxième vague devait durer au-delà de l’hiver, le problème risque de se poser de la même manière à l’été 2021. De plus, comment accueillir un public venu des quatre coins du monde dans une métropole surpeuplée tout en respectant les mesures sanitaires? Affaire à suivre, mais déjà certains sportifs commencent à exprimer leur désir de voir l’évènement annulé définitivement.


Le tennis

Le tournoi de Wimbledon annulé, Roland-Garros décalé en octobre, Flushing Meadows maintenu, mais à huis clos : le tennis professionnel a marché sur la tête durant tout l’été. Les tentatives de simulation de présence d’un public à New York ont parfois donné lieu à des scènes oscillant entre le cocasse- demander aux joueurs d’envoyer à la fin du match des balles dans les tribunes … vides - et une ambiance déprimante - tribunes vides, rares « élus » masqués et répartis dans les gradins. La performance tennistique demeurait présente (Naomi Osaka victorieuse à Flushing Meadows, 13e victoire de Rafael Nadal à Roland-Garros), mais le sentiment de vide et d’étrangeté est demeuré pour beaucoup d’observateurs, avec l’épée de Damoclès suspendue au-dessus des joueurs qui se présentaient masqués sur le court.


Des séries à tout prix

Ligues nationales de hockey, de basketball, de base-ball : le sport professionnel américain est une affaire de passion, mais aussi et surtout d’argent. Stoppées en plein élan en mars, les ligues ont dû rivaliser de créativité pour terminer leur saison, organiser des séries et désigner des champions. Hockey et basketball ont opté pour la création de bulles sanitaires (Toronto et Edmonton pour la LNH, Orlando pour la NBA), rassemblant et isolant les joueurs dans une seule ville, pour pouvoir tester régulièrement tous les acteurs et contrôler une éventuelle éclosion du virus.

Du point de vue sanitaire, ce fut un succès, l’objectif de conclure la saison sans aggraver la situation étant atteint. Du point de vue sportif, Tampa Bay a remporté la coupe Stanley le 29 septembre tandis que les Lakers de Lebron James ont décroché leur 17e titre de la NBA le 12 octobre. Si les observateurs s’accordent pour dire qu’il s’agissait de rencontres de haut niveau, les salles sonnaient tout de même creux. En effet, malgré les effets sonores qui avaient pour but de masquer l’absence de public aux yeux des téléspectateurs, l’ambiance était étrange. Et surtout, la fin de la saison, survenant quatre à cinq mois après la date habituelle, ne passionna que les adeptes les plus endurcis de ces équipes. Quant aux dates et aux modalités de la saison suivante, l’incertitude demeurait à la mi-octobre 2020.

Du côté des « Boys of Summer » du base-ball, les dirigeants n’ont pas opté pour la notion de bulle, et, à l’heure de cette chronique, ils achèvent une saison réduite de 162 à 60 matchs, qui fut marquée par des éclosions ponctuelles de COVID-19 au sein de certaines organisations. De plus, les fameuses séries mondiales soulevant habituellement les passions chez l’Oncle Sam se déroulent dans ce qui semble être une quasi-indifférence; le climat actuel aux États-Unis et la proximité d’élections présidentielles très tendues n’aident sans doute pas à se passionner pour le base-ball.

Le football américain, qui ne pouvait pas non plus jouer la carte de la bulle sanitaire, a repris en septembre, presque comme d’habitude, avec toutes sortes de solutions sanitaires mises en place, du huis clos à des stades aux trois quarts vides. Mais le maintien d’activités semble ne tenir qu’à un fil : plusieurs matchs ont été reprogrammés pour cause de tests positifs au sein de certaines équipes et plusieurs entraîneurs sanctionnés pour ne pas avoir porté de masque sur les lignes de côté. Là encore, les effets sonores visant à simuler un public ou le spectacle cocasse d’arbitres portant des masques, puis les baissant pour annoncer les pénalités, laissent une étrange impression. D’ailleurs, on se pose alors la question de savoir comment ils arrivent à utiliser leur sifflet : avec ou sans masque?


Le football

En Europe, c’est le championnat allemand, la Bundesliga, qui fut le premier à relancer ses activités au printemps (le 16 mai), achevant sa saison de manière relativement normale. Les autres pays suivirent en ordre dispersé, mais la France choisit d’annuler purement et simplement la fin de sa saison (au grand dam des équipes ainsi condamnées à la relégation). Si les dates de reprise furent assez variées, ce ne fut pas le cas des mesures sanitaires retenues : huis clos, tests réguliers ou encore masques sur les bancs de touche furent imposés.

Sur le plan international, le championnat d’Europe de football prévu en juin (et qui devait se dérouler pour la première fois dans plusieurs pays d’Europe) fut bien entendu et très logiquement reporté à l’année suivante, tandis que la très lucrative Ligue des Champions fut menée à terme à la fin du mois d’août en un lieu unique et à huis clos, au Portugal. Les quarts de finale et les demi-finales ont été joués en un seul match, et la finale, disputée le 23 août, consacra le Bayern de Munich, mais également un certain soulagement des instances footballistiques européennes d’avoir relevé les défis logistiques que cela impliquait.


Que faut-il en retenir?

La crise sanitaire est loin d’être terminée. Les efforts déployés pour terminer coûte que coûte les compétitions si abruptement stoppées en mars ont été considérables et multiples, chaque sport et parfois chaque pays apportant sa propre solution. Les enjeux financiers de ces compétitions ont bien entendu pesé dans la balance des décisions. Les considérations sanitaires semblaient parfois devenues quelque peu secondaires, même si très peu d’éclosions ou de recrudescences liées à ces évènements sportifs ont été constatées depuis la reprise. Il faut dire que l’effet psychologique de la reprise du sport et du sentiment de quasi-normalité retrouvée qu’elle engendre n’est pas non plus à négliger en cette période anxiogène.

Mais on peut se questionner sur la normalité des images de compétitions jouées dans des stades à huis clos, d’arbitres, d’entraîneurs et de remplaçants masqués. Sur le plan sportif, les meubles ont globalement été sauvés dans bien des cas, souvent en mettant implicitement de l’avant les considérations financières associées à ces évènements sportifs. Mais cette reprise si difficilement mise en place apparaît très fragile, l’horizon sanitaire étant encore très flou, et de nouvelles annulations et reports à l’approche de l’hiver sont à craindre. La pseudo-normalité des derniers mois pourrait être remise en question et la multiplication des solutions isolées et spécifiques deviendrait alors la norme, pour un temps indéterminé.


Par Yann Roche

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