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  • Y. Roche et J. Lévesque

Coupe du monde féminine de football. Toujours la politique ...

Le 7 juillet 2019, la coupe du monde féminine de footballqui se tenait en France s’est achevée sur la victoire des joueuses des États-Unis, championnes du monde pour la quatrième fois en huit éditions[1]. Cette domination est particulièrement impressionnante et se compare avantageusement à la domination du Brésil de Pelé chez les hommes, vainqueur à trois reprises en quatre éditions entre 1958 et 1970. Mais il ne s’agit plus d’une domination sans partage, car si les joueuses américaines ont survolé la phase de qualification initiales, leurs victoires lors des tours à élimination directe ont été plus étriquées, hormis la finale, gagnée 2-0 face aux championnes d’Europe néerlandaises.

Au-delà des résultats, l’un des principaux enseignements de cette compétition a d’abord été les progrès du football féminin. Il s’agissait en effet de la première édition à 24 équipes et ce fut aussi un indéniable succès populaire, tant dans les stades qu’en ce qui concerne les audiences télévisées. Le président de FIFA, Giannni Infantino, nouvellement réélu à la tête de l’organisation s’est d’ailleurs officiellement félicité de ce succès, parlant de ses futurs projets pour accélérer le développement de ce sport, notamment le passage à 32 équipes et un investissement financier accru. On est loin des remarques de son prédécesseur Sepp Blatter, qui avait suggéré, pour augmenter la popularité du football féminin, « que les joueuses portent des tenues plus courtes ».


Géopolitique du football féminin

Les États-Unis sont encore sur le toit du monde, même si leur victoire a été moins décisive que prévu, en dépit d’une victoire historique (et controversée) de 13-0 sur la Thailande en match de poules. Bénéficiant d’un immense vivier de joueuses de talent avec leur championnat universitaire (NCAA), leur hégémonie n’est pas vraiment en péril.


Mais il est intéressant de se pencher sur les pays qui sont les puissances du football féminin et de noter les discordances avec le pendant masculin de ce sport.

En dehors de États-Unis, les grandes puissances du football sont européennes, notamment l’Allemagne (deux fois) et la Norvège, qui sont les autres vainqueurs du tournoi, le dernier lauréat étant le Japon. Suède, Pays Bas et Angleterre sont aussi de plus en plus puissantes, au même titre que leurs homologues masculins, mais certaines nations où le football est une véritable religion tardent à s’établir du côté féminin. L


L’Argentine en est un parfait exemple, tout comme l’Espagne et l’Italie, malgré de net progrès pour ces deux dernières. De son côté, le Brésil progresse lui aussi, mais s’il possède l’une des meilleures joueuses du monde en la personne de Marta, il est loin d’être un favori logique à une compétition mondiale.

Du côté africain, traditionnellement riche en talents, le Nigéria et le Cameroun sont présents, mais ils ont du mal à devenir des adversaires de premier plan, même s’ils ont démontré de belles choses en France et peuvent donner à penser que l’Afrique va progresser dans un futur assez proche.


Comparativement aux hommes, c’est l’Asie qui se démarque, avec la Corée du Nord (9e au classement FIFA de juillet 2019), et la Chine (16e et finaliste en 1999) et bien entendu le Japon, vainqueur en 2011, qui a glissé du 7e au 11 rang après une coupe du monde en demi-teinte. Canada (6e)et Australie (7e) figurent aussi parmi les grandes puissances du football féminin, bien mieux classées que les hommes et ceci malgré un léger recul après la coupe du monde.


Plus encore que chez les hommes, la hiérarchie mondiale du football semble donc très corrélée au niveau de développement des pays. A l’exception notable de la Corée du Nord, ce sont donc les pays occidentaux les plus riches (États-Unis, Canada, Australie, Allemagne, France, Angleterre, pays scandinaves, Pays Bas) et les pays asiatiques les plus développés qui se démarquent (Japon, Chine, Corée du Sud). Afrique, Proche Orient et Amérique Latine semblent nettement à la traîne, hormis le Brésil. Les efforts de la FIFA en faveur du football féminin devront tenir compte de cette tendance encore très marquée, et se porter vers les régions plus défavorisées économiquement, mais aussi où le sport féminin n’est pas toujours valorisé.


Les progrès récents de l’Espagne et de l’Italie donnent à penser qu’il est possible d’être optimiste, mais dans certaines régions le chantier est immense. La prise de position récente de Gianni Infantino en faveur de la participation l’équipe féminine iranienne aux qualifications de la prochaine coupe du monde en font foi.


Controverses étatsuniennes

De retour au tournoi tenu en France, il a été l’occasion d’une série de controverses à connotation politique initiée par la co-capitaine de l’équipe des États-Unis, Megan Rapinoe. Cette dernière a sans conteste été la personnalité la plus en vue de la compétition, et pas seulement pour ses performances sur le terrain, puisqu’elle fut sacrée meilleure joueuse du tournoi. Connue pour ses prises de position politiques depuis un bon moment, elle avait déjà apporté ouvertement son soutien à Colin Kaepernick et manifesté sa désapprobation vis-à-vis de certaines pratiques de son pays durant l’hymne national. La joueuse fit encore monter la pression à l’aube des quarts de finale de la compétition, en décrétant qu’en cas de victoire, et contrairement à la tradition, elle n’irait pas « à la f… Maison-Blanche », indiquant que l’équipe ne serait de toute manière pas invitée. La réponse du pensionnaire de ladite Maison Blanche ne se fit pas attendre, par son moyen de communication favori, à savoir Twitter. La joueuse y était invitée « à ne plus manquer de respect, au pays, à la Maison Blanche ni au drapeau, .. et à commencer par GAGNER avant de PARLER[2] ». La suite de la compétition allait se dérouler sous un éclairage politique particulier, la question de savoir si les autres joueuses allaient emboîter le pas à Rapinoe se posant avec de plus en plus d’acuité au fur et à mesure que la perspective d’une victoire finale se concrétisait.


Le 7 juillet, suite à la victoire finale, le président des États-Unis félicita l’équipe du bout des lèvres et avec deux heures de retard, et il n’y eut pas d’invitation. Trois jours plus tard, de retour au pays, les joueuses eurent droit à une parade triompĥale dans Manhattan, devant des milliers de personnes mais point de Maison Blanche.

La traditionnelle visite des équipes et athlètes victorieux à la Maison Blanche a pris un tournant particulièrement politique depuis l’élection de Trump. S’y rendre est devenu pour plusieurs athlètes un acte d’acceptation des politiques du Président et refuser l’invitation une manière de manifester ouvertement son opposition au personnage. Les joueurs de la NBA, notamment, ont été particulièrement actifs à cet égard, notamment les Warriors de Golden State et Lebron James, et ils sont maintenant rejoints par l’équipe féminine de football. Il est intéressant de constater l’inversion du phénomène de récupération politique de l’évènement, devenu symbole de contestation, principalement à l’encontre de Trump. Dans une société américaine de plus en plus divisée, de telles démarches sont devenues de plus en plus fréquentes mais elles auront sans doute peu d’impact, les opinions des Américains étant déjà fortement polarisées et si elles raviront les opposants, elles ne convaincront pas les partisans du 45e président des États-Unis…

[1] La première édition eut lieu en 1991 en Chine, et fut remportée par … les États Unis


[2] L’usage des majuscules reprend celui de Trump dans son commentaire sur Twitter

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